NDOTO raconte une histoire, mon histoire que je souhaite partager dans un pays où je découvre la liberté de m'exprimer.

Né à Goma, au Nord Kivu/RDC, je ne parlais pas, je dansais.
J'extrayais de mon corps ma réalité quotidienne que je ne comprenais pas.
Et plus je dansais, plus mon esprit se libérait, mieux je respirais.
J'apaisais mes tensions, mes doutes, mes peurs, je guérissais mes blessures et je retrouvais l'espoir et même la joie de vivre.
A l'âge de huit ans, pour ne pas être kidnappé par des milices et devenir un enfant soldat, j'ai eu la chance d'être "caché" dans un petit village loin de la ville.
Ce n'était pas le cas pour beaucoup d'autres enfants, mes ami.e.s et mes cousin.e.s.
Aujourd'hui, seize ans plus tard, rien n'a changé, rien n'a évolué et mon cœur se déchire pour le manque d'importance accordé aux pauvres et à leur exploitation.
Cette étoile qui m'a protégé m'a permis de vivre pendant quelques années en contact permanent avec la forêt, la terre de mes ancêtres.
J'ai grandi en totale harmonie avec la nature et les traditions ancestrales. J'ai appris l'importance du moment présent, de l'instinct, de la force mentale pour survivre dans ce monde où la cruauté économique est toute puissante et où la vie d'un poulet vaut plus que celle d'un enfant.

Après mon immersion et ma paix, je suis retournée à Goma où j'ai retrouvé les bancs de l'école. Je n'avais pas toujours des chaussures aux pieds mais une grande détermination guidait mes pas.
Mes frères, moi et d'autres ami.e.s du quartier avons lancé.e.s un mouvement de jeunes danseurs réclamant les droits des enfants et protestant contre l'enrôlement des enfants dans l'armée.

A l'âge de quinze ans, j'ai régulièrement commencé à réaliser mon rêve de devenir un militant de la danse, pas d'eau potable, d'électricité, d'internet etc.........
J'ai commencé à voyager dans tous les pays des grands lacs pour faire passer mon message, j'ai eu mon passeport trop jeune ce qui n'était pas faisable au Congo lors des enlèvements de jeunes adolescents.

Mon premier visa pour l'Europe, premier pas hors d'Afrique, premier choc.
L'Européen court partout à la recherche du bonheur, hmm ?
Il jette des chaises, des tapis, des objets sans valeur qui sont ensuite envoyés en Afrique pour une seconde main, j'avais les larmes aux yeux quand je voyais mes frères et sœurs mourir dans la rue......
Je ne m'attendais pas à voir cette réalité et encore moins à la vivre à Milan, en Italie.
Je passais ma commande au comptoir d'un snack-bar, lorsque le responsable m'a demandé de partir et a refusé de me servir. J'ai sorti un billet de 10 euros de ma poche mais je n'arrivais pas à digérer mon repas.
Pour lui, j'étais un Noir et un Noir ne peut être qu'un réfugié illégal, un voleur mendiant, comme tous ceux allongés dans la gare. Pour moi, qu'ils soient Sénégalais, Ivoiriens, Soudanais, Congolais ou Rwandais, ce sont avant tout des êtres humains qui méritent de vivre dignement. J'ai découvert une autre misère en Europe qu'à Goma.
Ici, comme chez moi, la danse reste mon souffle et peut être un pont entre deux réalités de deux mondes......